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À qui profitent tous ces rubans roses?

Les compagnies de produits de beauté dangereux et leurs campagnes pour trouver une cure ...

Souliers de course, robots culinaires, compotes de pommes biologiques, barres de chocolat, iPods ou encore câbles Ethernet : ce ne sont là que quelques-uns des milliers de produits roses que l’ont peut acheter pour participer à la « lutte » contre le cancer du sein. Chaque année, l’arrivée du mois d’octobre est annoncée par l’apparition d’une incroyable variété de produits roses. Les grandes compagnies de produits de beauté Revlon, Estée Lauder, Mary Kay et Avon ne sont pas étrangères au marketing caritatif axé sur la lutte contre le cancer du sein. Ces quatre marques de produits de beauté vendent des produits contenant des substances chimiques synthétiques connues comme étant des carcinogènes. Mais cela ne les empêche pas de se mettre en valeur en lançant des campagnes de sensibilisation au cancer du sein des plus agressives.

En réaction au nombre croissant de carcinogènes caché trouvé dans les produits que nous utilisons quotidiennement, l’Environmental Working Group a créé une base de données appelée Skin Deep en 2004. Celle-ci présente la liste des ingrédients contenus dans plus de 42 000 produits de consommation courante.[1] Chaque produit y est classé avec une cote de danger d’un à dix. Deux des plus importants ingrédients les plus répandus sont les parabènes et les phtalates, qui ont été mis en cause dans le développement du cancer. [2] Bien qu’il n’ait pas été prouvé que ces deux ingrédients sont directement responsables du cancer du sein, des études révèlent qu’ils pourraient contribuer à l’augmentation des cas signalés. [3]Les parabènes fonctionnent comme des agents de conservation visant à augmenter la durée de vie des cosmétiques; les phtalates, quant à eux, sont des plastifiants utilisés pour ajouter de la texture et du lustre. Tous deux ont été « identifiés comme étant oestrogéniques et portant atteinte à la fonction normale des hormones. »[4] Les explications causales du cancer du sein ne sont toujours pas claires, mais environ 75 % des cas de cancer du sein ont été classés comme étant à récepteurs d’oestrogènes positifs.[5] Ce type de cancer, qui réagit aux hormones, est très agressif, car il stimule la croissance de la tumeur en activant les récepteurs d’hormones dans les cellules cancéreuses.[6] L’utilisation de produits contenant des produits chimiques qui imitent l’oestrogène augmente le risque d’avoir le cancer du sein.

Dans une vaine tentative de défendre leurs actions, les compagnies de produits de beauté affirment que leurs produits ne contiennent aucun, sinon très peu, de parabènes, de phtalates et d’autres substances chimiques dangereuses dans leurs produits. Elles affirment que des taux aussi bas ne posent pas de risques sérieux pour les femmes. Cependant, des études démontrent que le risque ne provient pas d’une exposition à court terme, mais bien d’une exposition à long terme à de petites doses.[7] D’après la base de données Skin Deep, plus de 1 000 produits Revlon, Estée Lauder, Mary Kay et Avon ont reçu une cote de danger située entre sept et dix, ce qui les place au niveau de risque « danger élevé ». Ces chiffes, cependant, n’ont pas empêché ces quatre compagnies de continuer à déployer des campagnes de sensibilisation au cancer du sein de grande envergure.

Depuis 1993, la Marche de Revlon, qui rassemble près de 40 000 participants chaque année, se donne la mission d’« augmenter la sensibilisation et de recueillir des fonds pour la recherche, les traitements, les suivis psychologiques et les programmes de sensibilisation liés aux cancers qui touchent les femmes. » [8] En guise de reconnaissance, les participants à la Marche reçoivent des sacs remplis de produits Revlon – les produits mêmes qui pourraient contribuer à la hausse du nombre de cancers du sein. Dans sa campagne de sensibilisation au cancer du sein, Estée Lauder affirme qu’elle travaille sans relâche pour la prévention et une cure contre le cancer du sein. De la même manière, la Mary Kay Ash Charitable Foundation affirme que sa « mission est d’éliminer le cancer. » [9] Par ailleurs, Avon, qui se décrit comme étant « la compagnie pour les femmes »,[10] organise chaque année la Marche Avon contre le cancer du sein. Ces quatre compagnies vendent des produits qui pourraient très bien contribuer à la maladie, et pourtant elles appuient des campagnes coûteuses pour la recherche contre le cancer, ce qui leur permet d’entretenir une image d’elles améliorée.[11]

Une excellente alternative à ces campagnes serait de prendre l’argent que vous aimeriez verser au profit de la recherche d’une cure et de le donner directement aux groupes d’action contre le cancer du sein qui s’emploient à faire de la prévention primaire la priorité numéro un en matière de recherche sur le cancer du sein. La prévention primaire consiste non seulement à sensibiliser, mais également à éliminer les substances qui mènent au développement de la maladie. Cependant, un très petit pourcentage de l’argent versé pour la recherche sur le cancer (~5 %) est consacré à la prévention primaire du cancer du sein.[12] Les taux de cancer du sein continuant d’augmenter « depuis les années 1940, passant d’une femme sur 20 à une femme sur neuf aujourd’hui au Canada »[13], il est clair que les changements dans la manière dont les organismes de recherche approchent le cancer du sein sont désuets. Il est important de trouver les « causes du cancer du sein dans notre environnement et d’éradiquer les carcinogènes qui pénètrent dans notre corps tous les jours. » [14]

 
[1] Environmental Working Group. “Skin Deep: Cosmetic Safety Database.” 2 Nov. 2009 <http://www.cosmeticsdatabase.com> [2] Think Before You Pink. 2 Nov. 2009 <http://www.thinkbeforeyoupink.org> [3] “Cosmetic Chemicals Found in Breast Tumours.” New Scientist. 12 Jan. 2004. 2 Nov. 2009 <http://www.newscientist.com/article/dn4555-cosmetic-chemicals-found-in-breast-tumours.html> [4]Think Before You Pink. 2 Nov. 2009 <http://www.thinkbeforeyoupink.org> [5] Breastcancer.org. “What Role Do Hormones Play in Breast Cancer Treatment.” 2 Nov. 2009 <http:// www.breastcancer.org/treatment/hormonal/what_is_it/hormone_role.jsp> [6] Ibid. [7] Action Cancer du Sein de Montréal. “The Beast of Beauty: Toxic Ingredients in Cosmetics.” 2 Nov. 2009 <http://www.bcam.qc.ca/heap/heappdfenglish/Beauty_products_f5.pdf [8] Revlon. “Revlon Run/Walk 2009.” 2 Nov. 2009 <http://www.revlonrunwalk.com> [9] Mary Kay. “Mary Kay Ash Charitable Foundation.” 2 Nov. 2009. <http://www.mkacf.org/pages/home.aspx> [10] Avon Company. “Avon Breast Cancer Crusade.” 2 Nov. 2009 <http://www.avoncompany.com/women/avoncrusade/> [11] Kedrowski, Karen M et Marilyn Stone Sarow. Cancer Activism: Gender, Media, and Public Policy. Chicago: University of Illinois Press, 2007. [12] Bird, Madeleine. Personal Interview. 1er Déc. 2007. [13] Société canadienne du cancer. “Statistiques sur le cancer.” 2 Nov. 2009. <http://www.cancer.ca/Canada-wide/About%20cancer/Cancer%20statistics.aspx?sc_lang=en> [14] Bird, Madeleine. “Profits in Pink: Breast Cancer Cause Marketing in Canada.” 2004. 2 Nov. 2009 <http://www.bcam.qc.ca/news/13-2/pink.pdf>  

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