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Des petits pots de crème pas si inoffensifs…

Dibenzodioxines polychlorées, biphényles polychlorés, pentachlorophénol, ethoxylates de nonylphénol, musk xylène. Ces mots, bien des gens sont incapables d’identifier ce à quoi ils se rattachent.

Ces termes sont, pour la plupart, des composantes d’une grande majorité des produits cosmétiques et de soins de la peau que vous appliquez sur votre corps et votre visage chaque jour. Pas très attrayant, non? Et ce n’est pas tout. Ces substances sont toutes, à différents degrés, néfastes pour la santé de la peau et du corps en entier.  

Les dangers des composantes dans les cosmétiques ne datent pas d’aujourd’hui. Par exemple, au temps de la Rennaissance, la céruse, un pigment à base de plomb, était grandement utilisée par la bourgeoisie afin de blanchir le teint. Cependant, dans son Histoire générale des drogues de 1694, l’épicier-droguiste Pierre Pomet considère que la céruse est une drogue « très dangereuse tant à broyer qu’à mettre en poudre ». Il évoque plusieurs maladies, parfois même la mort, et ne fait même pas mention de son usage en cosmétique. En 1748, Jacques Savary des Brûlons précise que la céruse est « un poison dangereux quand elle opère au-dedans et elle fait même sentir au-dehors sa malignité puisqu’elle gâte la vue et les dents des personnes qui prétendent s’en embellir et qu’outre quantité d’autres incommodités qu’elle leur cause, elle semble avancer la vieillesse, en faisant venir des rides plus tôt qu’on en aurait ». Malgré tout cela, la céruse a été très longue à quitter les manuels de cosmétiques.   Aujourd’hui, cette substance n’est plus utilisée dans les produits de beauté, mais plusieurs autres ont pris sa place, avec l’essor de la technologie et des recherches en cosmétologie. Le plus important et le plus connu est une famille d’agents de conservation, celle des parabènes.   Les premiers doutes concernant les parabènes sont apparus en 1990. Une équipe de Chicago s’est penchée sur la probabilité d’un lien entre l’utilisation régulière d’un déodorant contenant des sels d’aluminium et le cancer du sein. Des expériences sur des rats ont en effet montré que ces substances pouvaient se fixer dans l’organisme et se retrouver dans le cerveau et le lait maternel. Il y a quelque temps, l’affaire a été relancée avec la publication de travaux britanniques révélant que l’on avait retrouvé du parabène, largement employé dans les déodorants en vaporisateur, à l’intérieur de tumeurs du sein cancéreuses chez 437 patientes. Un résultat qui, mis en relation avec le fait que de plus en plus de cancers du sein se situent près de l’aisselle (31 % en 1926 contre 60 % actuellement), sème le doute.   Les parabènes sont aussi soupçonnés d’être dangereux pour le développement du fœtus, car ils perturbent le système endocrinien, et allergènes. Anne-Marie, 19 ans, a dû changer plusieurs fois de produits de beauté, car la plupart d’entre eux lui donnaient des réactions allergiques : «J’ai eu de la misère avec plein de produits. Entre autres, je me souviens d’un démaquillant de marque commerciale qui m’a tellement déshydraté la peau que même mon esthéticienne ne savait plus quoi faire! Ça a pris beaucoup de temps avant que ma peau ne redevienne normale», raconte-t-elle.   Aujourd’hui, la population est davantage sensibilisée aux effets néfastes des parabènes, mais cela n’empêche pas qu’il y en ait encore dans plusieurs produits. Nombre d’autres substances sont cependant elles aussi nuisibles. «Il y a, par exemple, les phtalates, qui sont moins connus. Ce sont des transporteurs de fragrances, des fixateurs, qui sont aussi très dangereux», dénonce la directrice administrative d’Action Cancer du sein de Montréal, Janice Melanson.   Sur le site du Réseau des femmes en environnement, Sabotage hormonal, les internautes peuvent y lire : «L’utilisation de cosmétiques est en hausse chez les femmes, surtout chez les adolescentes. Ces dernières utilisent en moyenne 17 produits par jour, soit 5 de plus que leurs mères, pour un total de 174 ingrédients différents, révélait une étude américaine en septembre 2008.» L’organisme continue en arguant que : «Aujourd’hui, le khôl, un fard oriental noir utilisé pour marquer le contour des yeux, contient jusqu’à 50 % de plomb. Et malgré la connaissance que nous avons des dangers du plomb, une étude récente a montré que plusieurs rouges à lèvres de marques très connues en contiennent encore.»   En raison de ce marché si étendu, de nombreuses organisations ont publié des listes et des dépliants afin d’aider les consommateurs à reconnaître ces substances et faire un choix plus éclairé. Par exemple, Greenpeace a publié, en 2007, un document dans le cadre de la campagne Cosmétox, où les gens pouvaient se renseigner sur les produits toxiques dans les cosmétiques. Ce document contenait la liste d’une vingtaine de produits à éviter, que Greenpeace avait envoyée à l’industrie, afin qu’elles les retirent du marché.   Aussi, l’organisme nomme, dans ce document, «quelques-uns des effets sanitaires graves associés aux substances persistantes et bioaccumulables : Cancer des testicules, des ovaires et du sein, perte de fertilité et chute du nombre de spermatozoïdes viables, anomalies de croissance et du développement, système immunitaire endommagé.»   Des règles sévères ou pas?   Ici, au pays, c’est Santé Canada qui s’occupe de la réglementation concernant les produits de beauté. Les cosmétiques sont régis par la Loi sur les aliments et drogues, par un règlement particulier. Avant la commercialisation d’un produit, Santé Canada fait quelques tests sur des points spécifiques, mais pas d’examens complets. Inspectrice pour le programme de sécurité des produits, Mélissa Louis-Jean expose la procédure lors de la commercialisation des cosmétiques : «Lors de la mise en marché, les entreprises ne sont pas tenues de donner les informations d’un produit avant les 10 jours suivant la première vente. Ils doivent remplir un formulaire où ils indiquent leur rôle par rapport au produit (distributeur, fabricant ou importateur) et l’identification de celui-ci. La formulation, la concentration et la liste des ingrédients du sont par la suite entrées dans une base de données.» Lorsqu’un produit est sur le marché, Santé Canada peut décider de faire des tests, afin de savoir s’il contient des toxines, par exemple. Mais tout cela après que des gens aient commencé à la consommer.   Cependant, l’industrie cosmétique doit se conformer à la Liste critique de Santé Canada, qui nomme les substances proscrites dans la fabrication et la composition. À ce propos, Santé Canada exige aussi que les entreprises fournissent aux consommateurs une liste des composantes du produit choisi sur l’étiquette de ce dernier. Mais cette liste est-elle vraiment utile? En effet, la plupart des gens ne peuvent même pas l’interpréter correctement, car les noms des composantes sont souvent incompréhensibles. Par exemple, qui sait exactement ce qu’est du diethylhexylphtalate? De l’éthoxylates d’alkylphénol? De plus, aucune indication n’est donnée quant la possible toxicité des cosmétiques.   Sans parabènes, bio, écolo et autres du genre…   Depuis l’apparition au grand jour des parabènes et de leurs effets, le marché des cosmétiques annonce de plus en plus de produits dits «sans parabènes» ou «naturels». Mais ces derniers sont-ils aussi sécuritaires que leurs dénominations le laissent paraître ? Pas vraiment. En fait, même si un produit ne contient pas de parabènes, cela n’empêche pas que bien d’autres composantes tout aussi chimiques peuvent être y intégrées, afin qu’il soit bien préservé. De plus, les produits naturels, même s’ils excluent la possibilité de produits chimiques, ne sont pas sécuritaires pour autant. Souvent, ils ne sont pas conservables, moisissent et développent des microbes qui peuvent causer des réactions et des infections.   Pour ce qui est des produits biologiques, ils n’en existent pas beaucoup, selon la copropriétaire de la boutique Écolo Pro de Chicoutimi, Marlène Normand : «En ce qui concerne les produits de beauté sur le marché, il n’en existe pas assez qui sont biologiques, et ceux qui sont en vente sont artisanaux, pour la plupart. C’est pourquoi ce sera long avant que les gens n’osent. Quoique lorsqu’ils le font, ils les adoptent», explique-t-elle.   Recherchiste et conférencière pour le Réseau des femmes en environnement, Barbara Vogt, renchérit en donnant quelques conseils : «On doit rechercher un produit avec le moins d’ingrédients possible. C’est certain aussi que les produits biologiques sont meilleurs pour la santé et la peau.»   En conclusion, selon ces dames, la population n’est malheureusement pas assez consciente de ce problème qui les touche directement. Bien qu’ils commencent à s’éveiller à cette problématique, beaucoup de chemin reste à faire. Mais les consommateurs ont un vrai pouvoir sur le marché, et c’est ce qui, plus tard, changera la donne.   écrit par: Catherine Dallaire  

 


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