Du rose pour tous?
Comment les compagnies se servent du cancer du sein pour faire des profits....
Opération à succès des corporations canadiennes, la commercialisation de la cause du cancer du sein est devenue un moyen pour les entreprises d’affaires « de servir la communauté et d’établir des rapports entre collectivités et organismes à but non lucratif importants ».¹ Rien qu’en 2005, les compagnies nord-américaines ont dépensé près de 1,8 milliard en commandites liées au marketing social du cancer du sein.² En 1995, la compagnie Ford s’est alliée à la Susan G. Komen Breast Cancer Foundation dans le but de « bâtir sa crédibilité auprès des consommatrices ».³ La façon utilisée par Ford pour recueillir de l’argent pour la Fondation Komen est de remettre à celle-ci un montant de 500$ par voiture Ford Mustang 2009 édition Warriors in Pink vendue.4 Cette voiture au design particulier existe en trois différentes couleurs et la carrosserie, l’aileron et les tapis du plancher arborent un décalque de ruban rose et les sièges, des coutures roses. Mais ce que la compagnie Ford ne dit pas, c’est que leurs véhicules « produisent du 1,3 butadiène et des hydrocarbures aromatiques polycycliques », 5 des toxines liées à l’incidence du cancer du sein. Il y a manifestement un côté intéressé dans les agissements des compagnies qui font du marketing social avec le cancer du sein et, pour lesquelles, se lier à une cause sociale a pour but d’attirer les consommateurs à acheter leurs produits. Et ça fonctionne très bien, n’est-ce pas? Il existe une répartition inégale de pouvoir entre les riches et répréhensibles entreprises d’affaires et les consommateurs qui sont poussés à acheter leurs produits. Les campagnes de sensibilisation au cancer du sein commanditées par Revlon, Estée Lauder, Mary Kay, Avon et Ford « agissent de façon conflictuelle en diffusant de l’information sur la santé et en augmentant leurs profits … (tout en) faisant la promotion de produits qui peuvent être dommageables pour la santé. » 6 Les compagnies s’allient à une cause sociale croyant que le consommateur, mis en situation de choisir entre deux produits similaires à prix égal, optera pour le produit associé à une cause. Une enquête nationale de la firme américaine Cone portant sur les attitudes de consommation et le comportement des entreprises révèle que les consommateurs « utilisent volontiers leur pouvoir individuel pour punir les compagnies qui ne partagent pas leurs valeurs. » 7 Par conséquent, en enrobant leur entreprise de valeurs « éthiques », les compagnies peuvent décupler leur bassin de consommateurs. Ce scénario est problématique : les consommateurs sont poussés à utiliser un produit indéfiniment et en même temps doivent réprimer leurs désirs profonds. C’est loin d’être une tâche facile quand on voit à quel point des compagnies multimillionnaires bombardent le consommateur de leur « joli » attirail rose. Les compagnies citées plus haut tentent de faire croire aux consommateurs que l’accroissement des risques du cancer du sein est dû à leurs choix de vie individuels, et elles travaillent à « renforcer l’idéologie dominante de la responsabilité personnelle. » 8 Selon le credo du marketing social du cancer du sein, « si vous cessez de fumer, de boire, si vous vous avez un enfant avant l’âge de 25 ans et que vous mangez sainement », 9 vous pouvez prévenir le cancer du sein. Toutefois, en réalité, plusieurs des entreprises qui soutiennent la recherche en cancer du sein « jouent sur deux tableaux » 10. Elles recueillent des fonds pour aider la cause du cancer du sein, mais également « contribuent à l’incidence du cancer du sein » 11, en ayant des pratiques comme « ajouter des substances chimiques non sécuritaires à leur produits ou dans l’environnement » 12. Alors que les femmes sont capables de faire des choix conscients comme de bien s’alimenter et de s’abstenir de fumer et de boire, elles ne peuvent pas toujours faire des choix éclairés des produits qu’elles utilisent. Si les compagnies ne divulguent pas l’information sur les ingrédients potentiellement cancérogènes, les consommateurs ne peuvent être blâmés sur ce qui peut en résulter. Les compagnies qui brandissent la marque rose se servent du cancer du sein, du corps et de la santé des femmes pour tirer avantage de la maladie, maladie que ces mêmes compagnies contribuent potentiellement à causer. Les compagnies qui vendent des produits affichant le ruban rose utilisent le cancer du sein pour convaincre le consommateur qu’un refus d’acheter leurs produits signifie que la maladie ne le préoccupe pas. Vendre des produits associés au cancer du sein uniquement dans un but lucratif, non seulement minimise la gravité de la maladie et la souffrance des personnes qui en sont atteintes, mais aussi exploite le corps des femmes dans le but de faire des profits. 13 Revlon, Estée Lauder, Mary Kay, Avon, Ford et beaucoup d’autres compagnies utilisent le marketing social du cancer du sein pour forger des liens avec sa clientèle, mais évitent de s’engager véritablement en retirant les substances chimiques dommageables de leurs produits. _______________________________________________________________ [1]KEDROWSKI, Karen M., STONE SAROW, Marilyn. Cancer Activism: Gender, Media, and Public Policy. Chicago. University of Illinois Press. 2007. 2Ibid 3Ibid 4Ford Vehicles. Warriors in Pink. 28 novembre 2009. http://www.fordvehicles.com/warriorsinpink/mustang/ 5BIRD, Madeleine. Profits in Pink: Breast Cancer Cause Marketing in Canada. 2004. 28 novembre 2009. http://www.bcam.qc.ca/news/13-2/pink.pdf 6FOSKET, J.R., KARRAN, A., LAFIA, C. Breast Cancer in Popular Women’s Magazines from 1913 to 1996. Dans Breast Cancer: Society Shapes an Epidemic. 2000. p. 303-323 7KEDROWSKI, Karen M., STONE SAROW, Marilyn. Cancer Activism: Gender, Media, and Public Policy. Chicago. University of Illinois Press. 2007. 8FOSKET, J.R., KARRAN, A., LAFIA, C. Breast Cancer in Popular Women’s Magazines from 1913 to 1996. Dans Breast Cancer: Society Shapes an Epidemic. 2000. p. 303-323 9BIRD, Madeleine. Entretien personnel. 1er décembre 2007. 10Ibid 11BIRD, Madeleine. Profits in Pink: Breast Cancer Cause Marketing in Canada. 2004. 28 novembre2009. http://www.bcam.qc.ca/news/13-2/pink.pdf 12Ibid 13 KEDROWSKI, Karen M., STONE SAROW, Marilyn. Cancer Activism: Gender, Media, and Public Policy. Chicago. University of Illinois Press. 2007.



I completely agree with you.