Les nanoparticules : gros problème en vue?

L’industrie des produits cosmétiques utilise de plus en plus la nanotechnologie. En 2007, on recensait plus de 400 produits issus de cette technologie et parmi ceux-ci, 64 étaient des cosmétiques³. Aujourd’hui, on répertorie plus de 800 produits sur le marché qui se targuent d’utiliser la nanotechnologie.  Mais qu’est-ce qu’on entend au juste par nanotechnologie?
La nanotechnologie est la création et l’utilisation de particules dont la dimension varie de 1 à 100 nanomètres. On parle ici de mesure infiniment petite : 1 milliardième de mètre! Pour avoir une idée de la grandeur d’un nanomètre, on peut dire que c’est « de 50 000 à 100 000 fois plus mince qu’un cheveu humain »². Du fait de leur extrême petite taille, les nanoparticules sont particulièrement attrayantes pour l’industrie des cosmétiques. Par exemple, dans les écrans solaires, les nanoparticules sont utilisées pour rendre le produit transparent lorsqu’il est appliqué sur la peau. Autrement, les deux ingrédients utilisés dans les crèmes solaires pour bloquer les rayons UV, soit le dioxyde de titane et l’oxyde de zinc, laissent une pellicule blanche sur la peau. Les fabricants ont résolu ce problème en réduisant la taille des molécules de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc pour faire en sorte que la crème « pénètre » dans la peau.³


Mais si les nanoparticules ne sont que des versions plus petites de particules déjà existantes, pourquoi sont-elles potentiellement dangereuses? La réponse est assez complexe, mais la principale raison de s’en préoccuper est que les nanoparticules ont parfois un comportement différent des particules de dimension normale. L’or, par exemple, est beaucoup plus réactif lorsqu’il est sous forme de nanoparticule que sous sa forme normale. De plus, certaines nanoparticules qui ont été fabriquées ont développé des caractéristiques bizarres comme devenir chargées d’électricité ou capables de pénétrer la membrane cellulaire.²  Le plus important dans cette histoire, c’est qu’on ne connaît pas tous les effets potentiels que l’utilisation des nanoparticules peut amener.  L’an dernier aux États-Unis, sur un total de 1,4$ milliard alloués à la recherche en nanotechnologie, seulement 1 à 4 % de ce montant a été dépensé pour l’évaluation des risques.¹ Des études les ont  « lié à des dommages causés à l’ADN et à des réactions immunitaires et inflammatoires imprévisibles ».¹ Malheureusement, il n’existe pas suffisamment de preuves ou de recherches tirant des conclusions définitives sur ces particules. À l’heure actuelle, il n’existe pas de structure adéquate pour effectuer des tests et pour réglementer l’utilisation des nanoparticules.  


L’étiquetage des produits cosmétiques au Canada pose aussi un problème. Aucune loi n’oblige les compagnies à indiquer dans la liste d’ingrédients d’un produit s’il s’agit de la version « nano » de l’ingrédient ou simplement les particules de taille normale. Puisque les nanoparticules ont tendance à se comporter différemment des particules de taille normale, les consommateurs ne devraient-ils pas être mis au courant lorsque ces substances se retrouvent dans leurs produits? Dans un cas comme ici, on voit bien que les compagnies favorisent l’appât monétaire au détriment d’une menace potentielle pour la santé humaine et met en lumière ce qui se dissimule derrière l’industrie des « soins » personnels. Que les nanoparticules soient dangereuses ou non, il vaut mieux s’en tenir aux faits que de prendre pour acquis qu’elles sont totalement innofensives.


1. ALLEN, T.J. « NanoTech : Teeny tiny particles, big risks », Mother Earth News, 2008, 228, p. 24.
2. BASS, C. « Tiny troubles : How nanoparticles are changing everything from our sunscreen to our supplements », Earth Action Network, 2009, 20(4).
3. MANDAVILLI, A. « Nanocosmetics : Buyer beware », Technology Review, 2007, 110(2), p. 84-85.